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26 septembre 2017 | ו תשרי התשעח
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Sylvain Treperman, la quête du Divin

Niçois de naissance, Parisien d’adoption, Sylvain Treperman a aussi vécu plusieurs années en Italie avant de finalement s’installer en Allemagne et exercer sa profession de médecin à Francfort, « non loin de cette ville de Fulda d’où au Moyen-Âge mes ancêtres avaient été chassés », raconte-t-il. « La Quête du bleu divin » (Editions La Grande ourse) est le premier roman du médecin qui raconte avoir séjourné deux ans dans la chrétienne Chartres, ville célèbre pour sa majestueuse cathédrale autour de laquelle tourne l’intrigue du livre, et qui lui inspirera son ouvrage quasi-mystique. Israpresse se plonge dans le Divin décrit par un auteur au langage riche mais aussi envoûtant et aux descriptions précises et subtiles.

La « Jérusalem céleste »

« Les Charpentiers », vitrail du bas-côté Nord de la cathédrale de Chartres

Au début du récit, un rabbin du 13éme siècle découvre que la lumière bleue émise par un fragment de verre récolté sur les ruines du temple de Salomon, possède des qualités merveilleuses. Il décide alors d’abandonner sa charge pour devenir maître-verrier et consacrer sa vie à la fabrication d’un vitrail capable de diffuser encore plus puissamment cette même lueur. Il espère ainsi que celle-ci en éclairant de son bleu divin – le techelet – les âmes les plus pures puisse leur transmettre la grâce de l’Éternel. Ce livre est l’histoire du plus grand des rêves, non seulement du rêve suprême d’un seul peuple, mais aussi de celui auquel tout le monde aspire: celui de rencontrer l’Éternel ou du moins de découvrir enfin la certitude de son existence.

Une quête vers le bleu divin, trois époques, toutes liées au judaïsme, mais aussi vers l’œuvre suprême, la « Jérusalem céleste ». L’auteur parle de cette longue quête qui reflète « sans aucun doute le désir profond de conclure idéalement un chemin que j’avais alors moi-même entrepris ». Au vu des actes antisémites, certains tragiques et meurtriers aujourd’hui en Europe, on ne peut que constater que le peuple juif ne vit finalement qu’un éternel recommencement. Pour l’auteur, ces époques sont liées par un même fil : « La volonté des Juifs de faire resplendir envers et contre tous la lumière bleue divine, soit au Moyen Âge quand l’église essaye en vain de l’empêcher de briller, soit durant la guerre quand les Nazis tentent de l’éteindre à jamais, soit de nos jours nos jours où la haine toute médiévale de l’extrême droite et des islamistes continue à sévir. » Plus qu’un recommencement, il s’agirait d’un « long cheminement accompagné d’une victoire sur tous ceux qui ont voulu les anéantir. Sans cette foi, sans cette lumière, sans ce techelet, ils n’auraient certainement jamais pu résister et survivre aux persécutions durant tous ces siècles », précise le médecin.

Des relations israélo-allemandes hantées par ses démons 70 ans après la Shoah

Le quartier Mitte, Berlin

La deuxième partie de l’ouvrage se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale où la quête fascine un officier nazi. L’auteur résidant en Allemagne où justement la communauté juive renaît de ses cendres, et où les Israéliens décident depuis quelques années de s’y expatrier, on peut se demander s’il est bon d’être juif en Allemagne en 2015. « Même si la grande majorité des jeunes Israéliens qui vient s’installer aujourd’hui à Berlin, ne le font certes pas dans le but de se confronter comme moi au passé de leurs aïeux, leur simple présence fait un peu revivre cette période dorée quand le yiddish se mélangeait avec le dialecte berlinois, concède l’écrivain, avant de tempérer: « Cependant à la nouvelle que les participants des Maccabiades (épreuves sportives juives qui se sont déroulées du 27 juillet au 5 août dernier à Berlin, NDLR) ont reçu l’avis de ne pas circuler dans les rues avec une kippa au risque de se faire agresser, je constate avec tristesse que le spectre de la haine continue de les hanter ». Et l’auteur poursuit sa pensée, songeur et, peut-être, inquiet: « Si l’Allemagne est étrangement l’un des pays les plus aimés par les Israéliens, le contraire n’est pas vrai. Un grand nombre d’Allemands essaye de camoufler son antisémitisme millénaire en exprimant à sa place une haine féroce à l’égard d’Israël, allant même à relativiser les crimes nazis en comparant l’action de Tsahal à celle des SS. Leur sens de culpabilité face aux crimes passés freine heureusement de beaucoup ces réactions, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans les autres pays européens où les antisémites n’éprouvent absolument plus aucune honte. »

Une littérature israélienne de qualité

Sylvain Treperman confie s’être arrêté très souvent de ce côté-ci de la Méditerranée mais le besoin de compléter sa petite histoire européenne avant d’en initier une nouvelle a été plus fort. Pour lui, beaucoup d’auteurs israéliens égalent par leur nombre et leur qualité ceux de plus grands pays, dont la France. Ainsi, il cite trois d’entre eux qui lui sont particulièrement chers. Le regretté Yoram Kaniuk « dont la vie, la personnalité, le style mordant, la lucidité, la vision très critique du pays pour lequel il a lutté, m’impressionnent beaucoup » ; Aharon Appelfeld « le plus tragiquement européen avec qui je partage la douleur » et son amie Bella Shaier qui, avec son premier roman « Mat Yeladim » (« Children’s Mate ») a reçu les éloges de toute la critique, « est un exemple pour moi ». Toujours désireux de clore son parcours européen, le médecin désormais écrivain passera dans son prochain roman de la France, théâtre de cette quête lumineuse du bleu divin, à l’Allemagne d’après-guerre. Un pays qui, en omettant de punir les coupables des crimes innommables faits en son nom, a choisi ainsi de demeurer dans la faute et qui dans ce livre, est aussi les coulisses d’une quête, celle d’un objet tout aussi lumineux : la justice.

Nelly Ben Israël