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23 février 2017 | כז שבט התשעז
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Résolution de l’Unesco: « Un acte de soumission de la France » (Claude Goasguen)

Le vote de la France en faveur d’une résolution de l’Unesco niant les liens du peuple juif avec les lieux saints de Jérusalem a provoqué la colère d’Israël et des dirigeants communautaires mais aussi du député Claude Goasguen, un des élus français les plus proches d’Israël. Il s’explique en exclusivité à IsraPresse.

Israpresse : En votant favorablement pour la résolution de l’Unesco visant à nier tous liens historiques entre le peuple juif et plusieurs lieux saints à Jérusalem, la France n’a-t-elle pas renié ses racines judéo-chrétiennes ?

Claude Goasguen : Evidemment mais c’est encore plus grave que cela. Cette résolution est déjà sur le fond tout à fait inadmissible. L’Unesco est fait pour défendre la culture et est sortie de son droit en prenant une telle décision. Les réactions à cette décision vont bien entendu porter sur les prochaines décisions à venir de l’ONU. Certains signataires ont pour dénominateur commun d’être des pays musulmans qui ont pour la plupart une vision de l’islam conquérante. La France est la seule en Europe avec l’Espagne et la Suède (dont on connait l’attitude particulière vis-à-vis d Israël) et la Slovénie à avoir voté cette résolution. La France qui avait plutôt tendance à s’abstenir a franchi  un pas à l’encontre de son histoire, de ses intérêts. C’est un acte qui met en cause directement Israël, mais aussi l’histoire d’Israël, de la France et du monde.

On a pu voir les islamistes s’engager dans des politiques de négationnisme culturel, comme les talibans détruisant  les  Bouddhas en Afghanistan ou l’explosion des sites antiques à Palmyre par Daesh, qui n’appartiennent pas à l’histoire musulmane. En réalité il y a une tendance préoccupante des états musulmans à dire qu’ils ne sont pas fondamentalistes, mais qui reprennent les excès de l’islamisme et du salafisme en voulant rayer de la carte ce qui appartient au patrimoine mondial de l’humanité. En réalité le mur occidental n’est pas lié qu’aux juifs, il l’est aussi au christianisme mais aussi au monde. C’est une résolution attentatoire à un morceau de l’histoire du monde qui est essentielle. J’assimile ça a du négationnisme culturel.

C’est un acte de soumission qui a des arrières pensées économiques en essayant de sauver son équilibre avec des contrats pays signés avec des pays musulmans. Mais que cela se fasse sur le plan de la culture, quand on connait la tradition française et l’importance de la France dans l internationale culturelle c’est encore plus grave. C est pourquoi j’ai posé la question au gouvernement.

Israpresse : Le Moyen Orient est quasiment en changement perpétuel. A l’instar de la Turquie, ancienne alliée d’Israël qui s’est retrouvée son « ennemi » après l’épisode des flottilles avant de redevenir un potentiel allié. Aussi, L’Arabie Saoudite se rapproche de plus en plus d’Israël qui partagent un ennemi commun, l’Iran et sa force nucléaire. Pourquoi a-t-on l’impression que la position de la France au Moyen Orient n’a pas changé depuis le Général de Gaulle ?

C.G. : Il est vrai que le Général de Gaulle en 1967 a rompu avec une amitié séculaire à l’égard d’Israël. Depuis que les gouvernements de droite comme de gauche se succèdent, on sent cette volonté, «la rue arabe» de dominer la politique du Quai d’Orsay. D’ailleurs ce qu’ils entendent par la « rue arabe» n’a pas de nuances avec les pays arabes qui n’ont pas tous la même ligne et qui ne doivent pas être traités de la même manière. Le Quai d’Orsay fait non seulement sa propre politique mais conduit de gré ou de force le Président de la République à la suivre, comme pour le Foreign Office en Angleterre. Je n’ai pas hésité à m’opposer à des gouvernements que je soutenais, ce qui m’a valu des difficultés certaines sur le plan politique. Le Quai d’Orsay ne représente pas la France et je refuse qu’il s’arroge le principe de souveraineté même si la Constitution permet au Président d’avoir des pouvoirs, cela ne leur donne pas le droit de prendre des décisions qui remettent en cause la France, son histoire et son avenir.
Israpresse : Laurent Fabius voulait organiser une conférence internationale et avait promis que si elle n’aboutissait pas, reconnaitrait un Etat palestinien. Depuis, la France a connu un remaniement ministériel et Jean Marc Ayrault semble avoir mis de l’eau dans son vin. Qu’attendez-vous de cet évènement ?

CG : Je trouve que Laurent Fabius a été trop loin en proposant que les deux parties se rencontrent sous l’égide de la France, qui n’est pas en mesure d’imposer quoi que ce soit ni à Israël et ni à l’Autorité palestinienne. La meilleure manière d’arriver à un accord serait de mettre les deux partenaires face à face. Mais le vote à l’Unesco montre bien que le Quai d’Orsay poursuit la même politique, et cela, même après le remaniement ministériel.

Israpresse : L’ONU entretient une relation plus que conflictuelle avec Israël. Binyamin Netanyahou a proposé de donner un cours d’histoire au personnel des Nations Unies. Que proposeriez-vous ?

C.G. : C’est même des cours d’histoire des civilisations en général. Le mur n’appartient pas seulement à l’histoire juive, il est aussi important pour l’histoire du monde. On devrait alors distribuer des cours obligatoires d’histoire des civilisations. Je suis même prêt à leurs donner quelques cours, puisque j’étais professeur d’Université. L’attitude de l’ONU est en réalité dirigée par une minorité de pays qui n’ont pas d’indépendance et qui sont raccrochés à des intérêts financiers, comme les pays musulmans, riches en pétrole, riches en argent qui sont susceptibles de ramener des majorités. L’Onu se déconsidère. Je le répète, je ne suis absolument pas favorable à l’entrée de l’Autorité palestinienne à l’ONU que je ne considère pas comme un Etat et qui joue sur la dimension internationale pour essayer d’obtenir une majorité que le peuple ne lui a même pas donné. Nous sommes dans l’abus absolu des compétences de l’ONU. 

Israpresse : Pierre Aidenbaum,  maire du IIIème arrondissement ou se trouve la place de la République, a demandé à ce que les rassemblements de « Nuit Debout » s’arrêtent pour plusieurs raisons, notamment pour la diffusion de documents anti-policiers ou antisémites. La mairie de Paris à travers Anne Hidalgo et Patrick Klugman ne s’étaient-ils pas engagés à la fin des manifestations du BDS ou autres organisations appelant au boycott d’Israël ?

CG : En réalité, je n’ai aucune confiance dans les protestations de la mairie de Paris lorsqu’il s’agit des affaires concernant Israël et les juifs. Nous avons quasiment forcé la main à la mairie pour les obliger à condamner le BDS, qui est je le rappelle illégal, le vote a été acquis non sans mal à l’unanimité. Mais en réalité la maire de Paris ne fait rien à ce sujet. Les manifestations favorables au BDS à travers les diverses activités culturelles continuent sans que la mairie de Paris ne veuille exécuter le vœu qu’elle a fait voter. Il faudrait aussi que le gouvernement réagisse. Si Valls a des propos favorables, dans l’action cela ne suit pas. Je suppose que les injures portées à Finkielkraut sur sa judéité lors de son passage ont du courir très facilement. Je souhaite la fin de « Nuit debout ». Ce n’est pas que le parisien qui parle mais aussi celui qui est attaché à un certain respect du judaïsme et d’Israël.

Israpresse : Vous avez toujours été un ardent défenseur d’Israël et du peuple juif, allant parfois même à l’encontre des décisions venant de votre propre parti. Qu’est ce qui vous fait tenir ?
C.G. : De temps en temps, en politique même lorsqu’on appartient à une majorité, il y a des engagements que je considère comme forts. On ne réglera pas les problèmes au Moyen Orient sans aider Israël, seule démocratie de la région et sans être son allié inconditionnel. De plus je suis né aux bords de la Méditerranée, et je sais ce que la France a apporté à cette région, je connais aussi Israël parfaitement et je sais que ce pays nous ressemble. Quand je suis en Israël, je trouve que c est presque aussi bien que la France. C’est peut être quelques fois mieux. Comme disait Bush à l’égard d’Israël : « j’espère que le monde démocratique est avec Israël qui ne doit pas compter sur ses seules forces mais sur la force des démocraties ».
Propos recueillis par Jonathan Curiel