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26 mars 2017 | כח אדר התשעז
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Relations israélo-allemandes : de la blessure à la cicatrice

Israel and Germany mark 50 years of diplomatic relations

Logo du cinquantenaire des relations diplomatiques entre Israël et l’Allemagne

En visite à Berlin, le Président de l’Etat, Reouven Rivlin, s’apprête à célébrer avec son homologue d’outre-Rhin le 50e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays . Retour sur une amitié pétrie de haine, de renoncements, de réconciliation et de realpolitik avec pour pierre angulaire le drame de la Shoah.

Au lendemain de la création de l’Etat juif, l’Allemagne, le pays des bourreaux est exsangue tandis qu’Israël, jeune nation enfantée dans le malheur, est plein d’avenir. Ruiné, mis au ban des nations, portant le sceau de l’infamie, le pays vaincu voit son nom relégué à un sigle de trois lettres. Qu’elle soit fédérale ou démocratique, l’Allemagne est sous tutelle. Israël, ne souhaitant ni de près ni de loin avoir une quelconque relation avec ce pays qui n’est même plus l’ombre de ce qu’il fut, va jusqu’à apposer sur ses passeports la mention «valable pour tous les pays du monde à l’exception de l’Allemagne». Jusqu’en 1956, aucun Allemand n’a foulé la Terre sainte et aucun Israélien n’est entré en Allemagne. Si les relations diplomatiques officielles entre les deux pays débutent le 12 mai 1965 – avec l’installation sous les huées de la foule du premier ambassadeur allemand en Israël – celles-ci sont plus anciennes. En effet, dès 1952, David Ben Gourion et le chancelier Adenauer signent un accord dit de réparations, provoquant une crise sans précédant au sein de la société israélienne. L’adoption de l’accord par la Knesset est accompagnée de manifestations énormes, menées par le leader du parti Hérout et de l’opposition, Ménahem Bégin, pour qui recevoir de l’argent des « bourreaux » est une infamie.
Au total, la RFA aurait versé à l’Etat hébreu et aux victimes l’équivalent de 80 milliards de marks soit 44 milliards d’euros.

L’Allemagne est, juste derrière les Etats-Unis, le partenaire d’Israël

Crédit photo: Yonatan Sindel/Flash90

Le président Rivlin et le ministre des Affaires étrangères allemand Frank-Walter Steinmeier

Si l’accord scelle la réconciliation de la patrie de Goethe avec les Juifs, elle permet surtout à l’Allemagne de retrouver une place au sein du concert des nations. Le pas de reconnaissance du martyr juif et de son passé hitlérien, ne sera jamais franchi par la RDA, alors sous tutelle soviétique. Mais le chemin commun sur lequel s’engage la RFA et Israël n’est pas parsemé de roses. En 1964, seulement deux ans après l’exécution d’Adolf Eichmann, seul dignitaire nazi jugé par l’Etat hébreu, le parlement allemand discute de la possible prescription des crimes du IIIe Reich. En Israël, l’initiative, même si elle n’aboutit pas, passe mal. En 1991, lors de la première guerre du Golfe, la découverte de la responsabilité des entreprises allemandes dans l’armement massif du régime de Saddam Hussein crée un vif émoi. Quarante-cinq ans après la Shoah, alors que les pacifistes allemands défilent dans les rues pour s’opposer à une intervention militaire en Irak, Bagdad menace les Israéliens avec du gaz acheté … à l’Allemagne. Si le débat se crispe, le fil ne se rompt pas. Lors du 30e anniversaire des relations bilatérales entre Jérusalem et Berlin, Avi Primor, ambassadeur d’Israël en Allemagne aura cette formule: « Il n’y a plus de blessure… il reste une cicatrice». Aujourd’hui, on ne compte plus les programmes d’échanges universitaires, les jumelages de villes et les projets de coopération culturelle entre Jérusalem et Berlin. Les relations entre les deux pays sont si privilégiées que l’Allemagne est, juste derrière les Etats-Unis, la partenaire d’Israël en matière économique, technologique et scientifique.

Prudence diplomatique mais critique de la « colonisation »

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La chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou – Crédit photo Miriam Alster / Flash 90

Si longtemps l’Allemagne a pris grand soin de ne jamais émettre de critiques sur la politique israélienne et sur le règlement du conflit israélo-palestinien, peu à peu, les choses changent. Partenaire obéissant et réservé, l’Allemagne s’émancipe du poids du passé. La construction par Israël en 2002 du mur de sécurité autour de la Judée-Samarie et de Jérusalem fait voler en éclat la prudence de la diplomatie allemande. La presse allemande établit même une comparaison entre le mur de sécurité et le Mur de Berlin.
En 2003, 65% des allemand n’hésitent pas à dire qu’ Israël est  «un danger pour la paix dans le monde». Galvanisé par une fierté nationale retrouvée après la victoire de la Mannschaft en finale de la coupe du monde de football 2014, Berlin hausse le ton. Quelques mois plus tôt, en avril 2014, Angela Merkel recadre Binyamin Netanyahou. «Sur la question des colonies, nous sommes d’accord pour dire que nous ne sommes pas d’accord» déclare la chancelière, partisante d’une solution de deux Etats, en précisant qu’il s’agissait d’une mise au point «entre amis». Si l’Allemagne ne se gêne plus pour froisser Israël sans peur de voir ressurgir le spectre du passé, on peut parler de relations normalisées. Mais quand l’Allemagne s’empresse de réaffirmer «l’amitié» c’est que décidément entre Berlin et Jérusalem, rien ne sera jamais normal.

Virginie Guedj-Bellaïche