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18 décembre 2017 | ל כסלו התשעח
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Patrick Simon, entraîneur de Mauresmo : « J’ai de l’espoir pour le tennis israélien »

Crédit : ITP / International Tennis Programs

 

De 1987 à 1999, Patrick Simon intègre la Fédération Française de Tennis à Paris, sous la direction de Patrice Dominguez. Durant ces années, cet entraîneur national de renom, découvre Amélie Mauresmo et l’enmène jusqu’au titre de 1ère joueuse mondiale Junior, en remportant Roland Garros et Wimbledon avec elle. Il se rend ensuite en Guadeloupe, où il forme deux des meilleurs joueurs juniors du monde à cette époque, Gianni Mina et Calvin Hemery. Après sept ans passés aux Antilles, Patrick Simon retourne à la Fédération Française de Tennis en tant que détecteur national. Mais il décide tout de même de changer d’horizon. Il devient directeur technique national en Tunisie, et s’occupe d’Ons Jabeur, finaliste de Roland Garros Junior en 2010. Ainsi Justine Henin fait appel à son talent, et le nomme responsable du haut-niveau féminin dans son académie en Belgique. Aujourd’hui, ce grand nom du tennis français fait son Alyah et compte apporter toutes ses connaissances au tennis israélien. IsraPresse l’a rencontré dimanche, sur les courts du Parc Hayarkon de Tel Aviv. 

IsraPresse : Après avoir voyagé dans le monde entier, qu’est-ce qui vous a donné envie aujourd’hui, de développer le tennis en Israël ? Patrick Simon : En 2011, l’ancienne numéro 1 mondiale Justine Henin m’a proposé de travailler en tant que responsable du haut-niveau féminin pour son académie en Belgique. Durant mes trois ans au sein de son camp d’entraînement, j’ai eu la chance d’entraîner plusieurs joueuses des pays de l’Est dont une, qui était de nationalité israélienne. Elle s’appelait Denise Hazniouk, qui est actuellement à la 380ème de la WTA. Ses parents me demandaient souvent de venir m’occuper d’elle en Israël. Je suis tombé amoureux de cette volonté de réussir dans ce pays. En octobre dernier, Assaf Ingber, responsable International Tennis Programs m’a demandé, à ma grande joie, de venir en tant que responsable des entraînements. J’ai tout de suite accepté et fait mon Alyah le 19 janvier. Je suis juif et mes deux filles sont israéliennes depuis peu. C’était une chance pour moi, de me rapprocher d’elles.

Pourquoi le tennis israélien a-t-il chuté ces dernières années ? Je ne peux pas dire que le tennis israélien a chuté dans la mesure où la concurrence est féroce dans le monde entier. Je crois qu’il faut miser sur l’organisation des structures, pour faire ressortir des joueurs israéliens. Sinon, on chute vite. N’oublions pas que Shahar Peer était 11ème mondiale. Et qu’Andy Ram, fut l’un des meilleurs joueurs du monde de tennis en double avec son compatriote, Jonathan Erlich. Cette année, nous avons Dudi Sela, qui a perdu au 3ème tour à Melboune. Ou encore Yshai Oliel, qui vient de gagner l’Orange Bowl à Miami. On pourra toujours dire qu’il y a des points négatifs. La Fédération Française de Tennis a de l’argent, ce n’est pas pour autant qu’elle a des résultats. Il n’y a pas un seul jeune joueur français qui passe un tour au tournoi international des Petits As à Tarbes. Ou encore un joueur français, qui passe le troisième tour à l’Open d’Australie. C’est une période difficile…

Quelles sont les mesures à prendre pour emmener les joueurs israéliens au plus haut-niveau ? Il y a quelques jours, j’ai lié connaissance avec Assaf Touchmair, président de la Fédération Israélienne de Tennis. Je lui ai expliqué qu’il était important d’essayer de détecter, le plus tôt possible, des jeunes de qualité. Pour cela, il faut tout d’abord faire le tour des clubs israéliens. Si l’on voit un enfant de 7-8 ans qui a du potentiel, il faut le sortir de la masse, ne pas avoir d’états d’âmes et lui offrir un programme à part où il peut s’épanouir. Ensuite, se consacrer à la formation des entraîneurs. Depuis mes débuts ici, je les aide à prendre les meilleurs décisions afin qu’ils puissent aider leurs plus jeunes talents à progresser. Nous avons aussi convenu d’un accord avec le Wingate Institute, pour permettre à certains enfants de venir s’entraîner avec nous s’en faire de longs déplacements.

Cela fait déjà deux semaines que vous avez commencé au sein de l’ITP, International Tennis Programs. Avez-vous déjà repéré des espoirs du tennis israélien ? Je me concentre pour le moment sur le tennis féminin, vu que c’est plus mon domaine que le tennis masculin. J’ai eu le temps d’observer des jeunes filles qui, pour l’instant, présentent de belles qualités pour s’insérer dans les 300 du classement WTA, qui signifie Women’s Tennis Association. Cependant, tout dépendra de la manière dont je pourrai les suivre dans les tournois internationaux et de leurs moyens financiers. Est-ce que l’on va avoir la possibilité de voyager avec elles ? Voilà le nerf de la guerre… Pour être confronté au haut-niveau, il faut de l’argent et se déplacer. Ce n’est pas évident. J’ai envie de créer une équipe israélienne féminine pour la Fed Cup, l’équivalent de la Coupe Davis pour les hommes. Julia Glushko (154ème joueuse mondiale) est là certes, mais je pense qu’il va encore falloir un ou deux ans pour donner la possibilité à d’autres joueuses israéliennes de représenter leurs pays.

Vous êtes connu pour avoir l’œil. Comment percevez-vous qu’un joueur de tennis va réussir ?  Je le perçois dans le comportement du joueur. Comment réagit-il quand il gagne ? Comment réagit-il quand il perd ? A-t-il envie d’aller sur un court de tennis quand il perd ? A-t-il envie de se remettre en cause ? C’est là que je vois réellement sa motivation. Je ne me pose pas la question, « va-t-il être fort ou pas? ». Pour moi, tout est dans le feeling et dans l’état d’esprit. Chaque joueur est différent dans sa manière d’être, et selon son contexte familial. J’essaye constamment de tirer le maximum de chacun. Mon but est de transmettre toute mon expérience aux enfants israéliens qui se passionnent pour le tennis.

En Israël, nous avons des joueuses comme Shahar Peer, Julia Glushko, Denise Hazniouk, Sari Sternbach, Esther Massouri ou encore Keren Chlomo. Que leur manquent-elles pour gagner un Grand Chelem ? Vous, qui avez formé Amélie Mauresmo pendant de longues années… Avant de penser à gagner un Grand Chelem, elle doivent d’abord rentrer dans les 100 premières mondiales, c’est-à-dire gagner des tournois WTA pour monter de 250 places dans le classement. C’est la même chose pour les garçons. On ne forme pas un joueur pour qu’il gagne Roland Garros, l’US Open ou Wimbledon. Regardez en Suisse… Nous avons Roger Federer, vainqueur de dix-sept Grands Chelems, et Stanislas Wawrinka, vainqueur de l’Open d’Australie en 2014. Après, il n’y a plus personne.

Avez-vous de l’espoir pour le tennis israélien ?

Chaque fois que j’ai pris la décision d’aller travailler dans un endroit, j’y ai cru. J’adore les défis. Israël est un pays sportif qui comporte de nombreux atouts. Premièrement, la plupart des courts de tennis sont en extérieurs. Lorsque l’on voit les calendriers professionnels de l’ATP et la WTA, tous les matchs se jouent dehors, ce qui est à notre avantage. Deuxièmement, j’ai remarqué que les clubs israéliens étaient très bien structurés. Ce qui est positif pour l’évolution de leurs joueurs. Enfin, l’esprit guerrier due à la situation socio-politique du pays. Je prends en charge des joueuses qui font l’armée comme par exemple Lera Patrick, qui est née en 96. Je dois l’entraîner très tôt le matin, pour qu’elle puisse retourner à sa base militaire pendant la journée. J’admire ce caractère de battant, très présent ici. Ces trois raisons me donnent de l’espoir. Je veux construire quelque chose avec Israël!

Propos recueillis par Coralie Rivka