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25 mai 2017 | כט אייר התשעז
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Lumière sur l’écrivain Valérie Zenatti

valerie zenattiElle est une des romancières les plus prolifiques de ces dernières années. Principale traductrice du grand écrivain israélien Aharon Appelfeld et récemment lauréate du 41e prix du Livre Inter avec son œuvre « Jacob, Jacob », Valérie Zenatti se confie à Israpresse pour une interview exclusive.

Israpresse : Pouvez-vous revenir sur votre parcours, votre enfance et votre service militaire en Israël, y a-t-il des souvenirs qui vous ont particulièrement marquée ?

Valérie Zenatti: Je suis née à Nice, de parents qui arrivaient eux-mêmes d’Algérie. J’ai eu une enfance à la fois douce et inquiète. Les bruits de l’Histoire récente résonnaient encore – la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie – de manière très vive car ces évènements avaient directement marqué les adultes qui nous entouraient. Il y avait donc l’anxiété par rapport au cours que l’Histoire peut prendre, mais aussi la joie des premières découvertes, de la nature, de la mer, et surtout, de l’école et des livres. Le premier livre dont je me souviens est Cosette, un album qui était une adaptation très brève des Misérables. Ce livre a ancré en moi l’idée d’humanité. L’arrivée en Israël, à Beer-Sheva, a été un choc esthétique et linguistique. Je ne parlais pas hébreu et la première année a été un combat acharné pour conquérir cette langue. Un an plus tard, j’étais en classe de 3ème, j’ai pu faire un exposé de vingt pages sur la Révolution française. Ça a été une grande fierté. En ce qui concerne le service militaire, je renvoie les lecteurs à «Quand j’étais soldate», un roman très autobiographique dans lequel j’ai retracé ces années-là.

– Vous êtes la traductrice principale du grand écrivain Aharon Appelfed, comment l’avez-vous rencontré pour la première fois ? Qu’appréciez-vous le plus en lui?

J’ai rencontré l’œuvre d’Aharon Appelfeld en préparant l’agrégation d’hébreu en 2002, puis j’ai rencontré l’homme deux ans plus tard, au moment où je traduisais « Histoire d’une vie » et « L’amour, soudain » pour les éditions de l’Olivier. J’aime son regard sur la vie, sa curiosité intacte, malgré tout ce qu’il a traversé durant la guerre et après. J’aime le mystère et la puissance qui irriguent ses livres, au style limpide et dépouillé.

-Comment définiriez-vous votre style ?

Je ne suis pas sûre d’être la bonne personne pour définir « mon style » ! Chaque livre a une tonalité différente et la voix se transforme au fil du temps. Je peux juste dire que lorsque j’écris, j’essaie d’être au plus près à la fois des situations et des mots, pour saisir ces moments incroyables et invisibles qui sont la matière de la littérature, pour inscrire ma vision d’une histoire, à un moment précis. Mais peut-être que tous les écrivains peuvent dire cela au fond. Pour mon dernier roman, « Jacob, Jacob », on a beaucoup parlé d’écriture sensible, charnelle et poétique. Disons que ça m’a fait plaisir !

-Votre double culture influence-t-elle les thèmes de vos œuvres ? Etes-vous une écrivaine israélienne, française ou franco-israélienne ?

Oui, forcément. J’ai écrit trois livres qui se déroulent en Israël, mais je ne suis pas une écrivaine israélienne pour autant. Le fait de vivre de nouveau en France depuis plus de 24 ans et d’écrire en français fait de moi un écrivain français, même si mon être juif et mon expérience israélienne sont des matériaux importants pour moi, vivants, indissociables de mon chemin d’écriture.

– Que pensez-vous de la littérature israélienne ? Quels sont les auteurs auxquels vous êtes le plus attachée?

J’en pense beaucoup de bien ! J’aime particulièrement Aharon Appelfeld bien sûr, Zeruya Shalev, Etgar Keret et Ronit Matalon, pour ne parler que des contemporains.

Quel lien entretenez-vous aujourd’hui avec Israël ?

Difficile de résumer cela en quelques phrases. C’est un lien multiple. Israël restera à jamais le pays de mon adolescence, ce qui n’est pas rien. C’est aussi un pays qui change à vive allure, pour lequel je m’inquiète parfois, dont les contrastes et la complexité me passionnent. Mes parents et ma sœur y vivent, j’y ai de nombreux amis, et je travaille avec plusieurs producteurs israéliens sur différents projets de films ou de séries, car il y a là une belle vivacité, beaucoup d’énergie et de talent. Mais je ne peux en dire plus pour l’heure. En revanche, « Jacob, Jacob » va être traduit prochainement en hébreu par une excellente traductrice, Rama Ayalon et j’en suis très très heureuse car si mes livres ont été traduits dans une quinzaine de langues, c’est la première fois que l’un d’eux verra le jour en hébreu, et la traduction de celui-ci me tient particulièrement à cœur pour ses résonnances « bibliques ».

Propos recueillis par Michaël Assous