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26 mai 2017 | א סיון התשעז
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Les femmes bédouines, clés de l’intégration professionnelle

Artisanat de femmes bédouines à Lakiyah, dans le Neguev (Crédit: Kathie Kriegel)

Artisanat de femmes bédouines à Lakiyah, dans le Neguev (Crédit: Kathie Kriegel)

« L’intégration des orthodoxes et des Arabes sur le marché du travail est en tête de l’agenda politique du ministère de l’Economie », a déclaré son ministre Arié Dery qui promet de s’en donner les moyens. Dans le cadre d’un reportage en quatre volets, IsraPresse est allé vérifier si en Israël, en 2015, cet engagement trouve son écho sur le terrain. Deuxième volet.

Un processus d’émancipation et de développement économique des populations bédouines a été initié il y a quelques années. Son axiome de base : les femmes sont la clé de sa réussite.

Vers un meilleur niveau de vie

La participation des femmes arabes sur le marché de l’emploi est passée de 25% en 2009 à 30,5% en 2014. L’objectif du gouvernement israélien est d’atteindre les 41% à l’horizon 2020.

Ella Eyal Bar David, directrice des projets de développement du secteur arabe au ministère de l’Economie, confie à Israpresse que les raisons qui motivent les femmes bédouines à travailler sont tout d’abord d’ordre économique. Les Bédouins du Néguev sont la communauté au revenu par foyer le plus bas du pays. « Il est évident que cette population cherche à améliorer son niveau de vie », reconnaît-elle, « mais c’est aussi une fierté pour ces femmes de se sentir utiles, et c’est un facteur d’épanouissement », pointe-t-elle.

Une intégration sur mesure

Les femmes arabes sont considérées comme « une minorité au sein des minorités défavorisées ». En 2001, une femme arabe ne fréquentait l’école que 5 ans en moyenne et 12 ans en 2013.

Belqis

Belqis, dans la salle d’attente du centre de formation Riyan (Crédit: Kathie Kriegel)

Par manque de qualification, beaucoup de femmes bédouines sont encore employées dans des secteurs d’activités qui offrent peu de débouchés, comme l’agriculture et les métiers d’entretien. Le gouvernement les encourage à se diversifier et à suivre des programmes de formation qui leur dispensent des cours d’hébreu, d’informatique et d’initiation à la création d’entreprise. « Elles choisissent encore pour beaucoup d’exercer à domicile des activités telles que la cuisine pour les collectivités locales, l’artisanat, les métiers de cosmétique, coiffure, esthétique, comme par exemple la préparation des mariées pour le jour J », explique Ella Eyal Bar David.

Sur 1478 participantes à ces programmes en 2015, 824 ont trouvé un emploi. 3% avaient plus de 45 ans, 40% avaient entre 25 et 44 ans et 56% avaient moins de 24 ans.

Les plus jeunes, comme Belqis, 18 ans, ambitionnent de s’émanciper sans renier leur milieu. Elles se tournent vers le graphisme, l’informatique ou le secrétariat. Belqis affiche sa détermination à entreprendre des études dans le secteur médical, et ne craint pas que cela puisse la pénaliser pour trouver un mari. « Nous les jeunes, on préfère une femme qui travaille », confirment deux jeunes bédouins, en recherche d’emploi, à Israpresse.

Aujourd’hui, les femmes arabes sont plus nombreuses que les hommes à l’université et vont plus loin dans les études. «Si mon mari est moins éduqué que moi, ce n’est pas un problème affirme Belqis, « l’important c’est que moi, je puisse étudier ».

En 2014, 300 femmes arabes de plus ont intégré des filières scientifiques et dans la high tech. Elles devraient être 1000 à la rentrée 2015 grâce au budget de 66 millions de shekels alloué pour les y préparer et leur attribuer des bourses.

Une approche holistique des besoins

Les localités bédouines, surtout dans le sud du pays, sont les plus pauvres en termes d’infrastructures. « 8 lignes supplémentaires de bus ont déjà été créées pour relier les localités bédouines aux lieux de travail. Et des arrêts supplémentaires ont été rajoutés sur une vingtaine de lignes existantes », précise Ella Eyal Bar David.

Par ailleurs, le taux de natalité de la population bédouine étant le plus haut du pays avec 6,5 enfants par femme en

Myriam Abu Hammad (Crédit photo: Kathie Kriegel)

Myriam Abu Hammad (Crédit photo: Kathie Kriegel)

moyenne, le gouvernement a investi dans la création de crèches et de garderies d’enfants. « Il faut justifier 36 heures de travail pour avoir droit à des aides pour les garderies et les crèches pour l’ensemble de la population, mais il n’en faut que 24h pour les femmes du secteur arabe », se félicite directrice des projets de développement du secteur arabe du ministère.

Les études et la vie active, facteurs d’émancipation

«  A 18 ans j’avais plutôt envie de me marier, mais ma mère a insisté pour que je fasse des études et aujourd’hui je lui en suis reconnaissante, » confie à IsraPresse Myriam Abu Hammad dont la mère était sans emploi et son père conducteur de tracteur. Quand elle a appris l’ouverture du centre pour l’emploi de Rahat, elle a immédiatement postulé pour y travailler, convaincue du bien-fondé d’intégrer les femmes bédouines dans la vie active.

« Quand je fais du porte à porte pour sensibiliser les femmes de ma communauté au travail, je leur prouve par mon exemple que cela ne m’oblige pas à renoncer à mes traditions. Elles voient que je porte le voile comme elles et que ma vie de famille ne pâtit pas de ma vie active», confie Myriam. « Elles ont surtout besoin d’avoir confiance en elles. Elles ont la capacité de s’intégrer dans le monde du travail et nous sommes là pour leur en donner les moyens », insiste-t-elle. « Ce que je fais, c’est plus qu’un travail pour moi, c’est une véritable mission ».

Kathie Kriegel