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22 juillet 2017 | כח תמוז התשעז
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Le rabbin Élie et Dina Horowitz, un couple inoubliable

Le rabbin Elie et Dina Horowitz - Crédit photo : famille Horowitz www.lizkor.net/

Le rabbin Elie et Dina Horowitz – Crédit photo : famille Horowitz www.lizkor.net/

Yom HaZikaron ravive chaque année des souvenirs enfouis dans les mémoires, les souvenirs d’êtres chers tombés au combat ou dans des attentats. Il y a douze ans, le rabbin Élie Horowitz et sa femme Dina, deux piliers de la communauté de Kiryat Arba, étaient assassinés par des terroristes de Hébron qui se sont introduits dans la localité de Judée, puis dans leur domicile en plein repas de veille de Shabbat. Témoignage.

L’attentat du vendredi soir qui prive une communauté de deux perles de bonté

Shabbat 7 mars 2003, Kyriat Arba, la localité juive adjacente à Hébron est orpheline et meurtrie, car Yitzhak Bouaniche et deux autres membres de l’équipe de sécurité ont été tués quatre mois plus tôt, une veille de Shabbat, dans un combat contre des terroristes palestiniens en embuscade le long de la rue menant au Caveau des Patriarches. Neuf soldats ont également trouvé la mort dans cette attaque, dont la ville ne s’est jamais réellement remise.

Comme nos voisins, nous sommes assis autour la table de Shabbat, quand cela recommence… Des tirs retentissent devant la fenêtre. Le son est trop proche pour laisser place au doute : ce ne sont pas des feux d’artifice. Nous saurons plus tard qu’une femme a été touchée par des terroristes palestiniens qui ont réussi à franchir la clôture. Elle doit sa vie à un camion garé devant notre fenêtre, sous lequel elle roulera, avant d’être évacuée par un jeune soldat en permission ce jour-là.

L'appartement où furent assassinés le rabbin Elie et Dina Horowitz - Crédit photo : famille Horowitz

L’appartement où furent assassinés le rabbin Elie et Dina Horowitz – Crédit photo : famille Horowitz

Les terroristes s’introduiront ensuite dans l’immeuble d’en face. La peur décuple le son des tirs et des bris de verre, comme si toutes nos fenêtres avaient volé en éclats. Ce n’est pas par hasard si Yom HaZikaron (Jour du Souvenir des soldats morts pour Israël et des victimes du terrorisme) a lieu une semaine après Yom HaShoah (Jour de commémoration de la Shoah). L’étau semble se resserrer, faisant immédiatement jaillir les réminiscences d’une époque que nous sommes pourtant trop jeunes pour avoir connue.

Ces Palestiniens de Hébron qui se réclament du Hamas seront tués à l’issue d’un combat avec les rescapés de l’équipe de sécurité de la localité, qui durera quelques minutes, même s’il semblera prendre une éternité. Mais la mort est passée, elle a emporté les meilleurs : le rabbin Élie Elnathan Horowitz et sa femme Dina, qui ont tenté de se cacher dans une chambre de leur maison et ont été abattus, enlacés pour l’éternité.

Un rabbin cultivé et ouvert aux autres

Élie Horowitz, lui-même fils de rabbin, est né en Israël, mais a grandi aux États-Unis, pour revenir s’installer dans un kibboutz laïque. Après son service dans les parachutistes, il se rapproche de la religion et étudie à la Yeshiva (académie talmudique) Mercaz HaRav, haut lieu du sionisme religieux à Jérusalem. Décrit comme le « hippie de la yeshiva » par ses camarades, il se renforce rapidement, sous l’influence des rabbins Zvi Yehouda Kook et Zvi Tao. Il épouse Dina, une ancienne élève de son père aux États-Unis, et le couple a quatre enfants.

Crédit photo : famille Horowitz

Crédit photo : famille Horowitz

Il s’installe à Kiryat Arba et devient l’un des rabbins les plus appréciés de la Yeshiva Shavei Hébron. Il est également très cultivé et habile de ses mains, sa maison comprend non seulement un bureau regorgeant d’ouvrages, mais aussi un atelier, dans lequel il construit des meubles. Dina, virtuose en piano, enseigne la musique et la Torah à la Oulpena (collègue-lycée pour jeunes filles religieuses, NDLR). Elle est appréciée de ses élèves qui n’hésitent pas à lui demander conseil, car elle les reçoit toujours avec le sourire. Le rabbin Horowitz aussi attire les élèves par son esprit ouvert et ses idées modérées.

Mais l’influence d’Élie Horowitz ne s’arrête pas au sein de la communauté religieuse sioniste, elle s’étend rapidement à l’autre extrémité de l’échiquier politique. Il participera pendant des années, avec un ancien rabbin de Shavei Hébron, Haïm Gantz, et des élèves de l’établissement, à des rencontres avec des membres de l’association Dor Chalom, créée en réaction à l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995. Ces rencontres expriment son ouverture d’esprit et laissent une forte impression sur les jeunes laïques de gauche de l’association sociale qui visait à jeter des ponts entre deux publics aux opinions diamétralement opposées.

Des milliers de personnes ont assisté aux obsèques d’Élie et Dina Horowitz, qui dans leur mort aussi ont réuni tous les éléments de la société israélienne, athées et religieux, militants de droite et activistes de gauche.

Yaël Ancri