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28 avril 2017 | ב אייר התשעז
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La Bible de Chouraqui, réédition d’une traduction « révolutionnaire »

entete-couvDurant la seconde moitié du XXe siècle, André Chouraqui fut sans doute l’un des plus influents intellectuels juifs français.

Juriste de formation, écrivain, homme politique, il est surtout connu pour son activité divulgatrice, la plus connue d’entre elles étant sa traduction de la Bible, publiée à partir de 1974 et qualifiée de « parti pris révolutionnaire » selon Marc Leboucher son premier éditeur en France (Editions Desclée de Brouwer).

Les Editions Elkana rééditent le travail considérable de M. Chouraqui, qui s’est enrichit d’annotations et de commentaires préparés et rédigés par Francis Meir et Cyril Aslanov, et le présentent cette fois-ci sur une double page avec le texte original en hébreu d’une part et en face sa traduction. Le premier volume d’une série de cinq – équivalent aux cinq livres de la Torah – s’intitule l’Entête (la Genèse).

Si Francis Meir, architecte de profession, est le maître d’œuvre et la cheville ouvrière de cette édition bilingue du livre de la Genèse, le linguiste et professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Cyril Aslanov, a surtout veillé à la qualité scientifique du projet et a présenté en quelques dizaines de pages d’introduction la traduction d’André Chouraqui. En cette veille de Rosh HaShana, IsraPresse s’est entretenu avec Cyril Aslanov sur cette publication aussi lumineuse que remarquable.

IsraPresse: En quoi la traduction de la Bible par M. Chouraqui est-elle exceptionnelle?

Cyril Aslanov: Pour résumer en quelques mots, Chouraqui a poussé le littéralisme à l’extrême. Les traducteurs sont souvent soumis à un dilemme: faut-il être fidèle au texte original quitte à faire violence à la langue-cible (le français en l’occurrence)? Ou bien est-il préférable de manipuler le texte original pour obtenir un résultat qui n’enfreint pas les règles de la langue française? La force de la traduction de Chouraqui tient à ce qu’elle impose à la langue française des libertés inouïes sans que cela heurte véritablement le lecteur francophone. On pourrait dire que le poète qu’était André Chouraqui a pratiqué à longueur de texte une vaste licence poétique et une grande partie du public s’est laissée séduire par ce traitement de choc imposé à  la langue française dans le but avoué de la transformer en miroir fidèle de la lettre du texte hébreu.

IsraPresse: Quelle est la particularité de cette édition et à qui est-elle destinée?

C.A: Jusqu’à présent, la traduction ultra-fidèle de Chouraqui se posait en substitut du texte original à l’intention d’un public non hébraïsant. L’astuce de cette édition est d’avoir transformé le succédané en un tremplin vers la lettre du texte original pour des lecteurs désireux de s’initier à la lecture de la Bible hébraïque. En fait, l’expérience montre que beaucoup d’hébraïsants en herbe pratiquait déjà le va-et-vient entre la traduction Chouraqui et le texte original. Nous avons tenu à rendre cette lecture quelque peu strabique plus confortable en facilitant du reste la confrontation de la traduction avec l’original par une présentation synoptique où figurent d’autres traductions françaises de la Bible.

IsraPresse: Vous qui avez bien connu M. Chouraqui, qu’aurait-il pensé de cette réédition?

C.A: Il aurait sans doute été ravi de voir qu’après avoir été publiée en toutes sortes de formats (volumes séparés, édition de luxe commentée, format Bible), sa traduction de la Bible figurait maintenant à côté de l’original et non plus en lieu et place de celui-ci. Il aurait peut-être dit avec le mélange d’orgueil et de modestie qui le caractérisait qu’en augmentant le nombre des hébraïsants (et de fait, la plus-value pédagogique de cette édition est inappréciable), la présente édition était appelé à réduire d’autant le nombre de ses lecteurs, mais que somme toute, c’était une très bonne chose de faire croître par là même le contingent des hébraïsants dans le monde.

IsraPresse: Après la Bible, une réédition du Coran traduit par André Chouraqui est-elle prévue, la précédente datant de 1990?

C.A: Pour l’instant, la tâche la plus urgente est d’achever le Pentateuque. Quand nous arriverons à la fin de la dernière péricope du Deutéronome, nous pourrons éventuellement envisager de répéter notre exploit avec les Prophètes et les Hagiographes. Pour le Coran, il faut savoir qu’il existe depuis fort longtemps des éditions bilingues. Du reste, la traduction que Chouraqui a faite du Coran s’écarte délibérément et de façon parfois très flagrante des autres traductions françaises du Livre saint de l’Islam (Blachère; Masson; Berque; Boubakeur). Cela exigerait de recourir encore plus systématiquement que dans la présente édition de Bereshit à des synopses confrontant toutes les versions du Coran en langue française.

Propos recueillis par Nelly Ben Israël