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26 mai 2017 | א סיון התשעז
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Jacky Yarhi, ou comment raconter l’histoire d’Israël en BD

« Skullcaps and Crossbones » (Editions Feldheim, 2013)

Jacky Yarhi, dont le nom n’est pas inconnu des fans de BD israéliens, français ou anglophones, s’est confié à IsraPresse à la veille de l’ouverture de la traditionnelle Semaine du livre hébraïque durant laquelle il rencontrera ses lecteurs à Jérusalem pour une séance de dédicaces. 

Doté déjà d’un joli parcours dans le domaine de la BD, Jacky Yarhi arrive en Israël à l’âge de 25 ans. Après la sortie en France de deux albums à thème juif -« Supermitsva » (Otsar, 1983) et « Echec à Haman » (Colbo, 1986) – et face au dilemme sur la voie à suivre concernant un plus large public mais réduisant le thème juif dans ses œuvres, M. Yarhi a choisi: il mettra son art au service du monde juif en se consacrant à tout ce qui le touche au niveau historique ou religieux.

Influencé par Astérix, Corto Maltese mais aussi par l’Ecole américaine, l’artiste né à Paris au milieu des années 60 a illustré pour d’autres plus de deux cent livres en français, hébreu, anglais mais aussi en grec ou espagnol.

S’adressant à des adolescents mais aussi à des adultes de tous bords, l’auteur a une quinzaine d’albums à son actif qu’il a écrit, co-écrit et bien sûr illustré en anglais, hébreu ou en français. Ses derniers ouvrages, encore inédits en français,  » Skullcaps and crossbones » et » The wonders of the Baal Shem Tov” sont sortis simultanément en anglais et en hébreu (Editions Feldheim) respectivement en 2013 et 2014.

« Mission Entebbe », inédit en français, sorti en hébreu sous le titre « Kadour Araham » (« Thunderbolt : the story of operation Entebbe », Editions Beitel, 2011)

IsraPresse: Après l’avoir publié à 18 ans, vous avez envoyé votre premier album traitant du judaisme au rabbi de Loubavitch. Avez-vous envoyé celui sur l’Opération Entebbe (« Thunderbolt : the story of operation Entebbe », Editions Beitel, 2011) à Binyamin Netanyahou?

Jacky Yarhi: Il s’agit de « Supermitsva, on a enlevé Rabbi Schlomo » (Otsar, 1983) que j’avais créé avec Marc Bensoussan. Tout naïf que je suis, je me suis dit, pourquoi ne pas lui envoyer le premier exemplaire. A mon grand étonnement, il me souhaita une grande réussite à plus forte raison que « [je] contribuais à répandre le judaïsme autour de [moi] ». J’ai été très flatté, d’autant plus que cette BD était surtout une caricature de la communauté juive française et que l’on a eu des moments de franche rigolade pendant sa conception. In fine, je n’ai pas eu à me plaindre des ventes.

Quant à « Mission Entebbe » – roman graphique sur l’opération Entebbe, lors de laquelle Yonathan Netanyahou, frère du Premier ministre, a trouvé la mort – mon éditeur m’a appelé pour me dire que Bibi avait lu la bd et avait été ému aux larmes à l’évocation de son frère et manifestait le désir de me rencontrer. Mais, la rencontre a été reportée, je ne sais plus si c’est à cause de la décision de la tenue de nouvelles élections ou de la campagne à Gaza.

Comment dessine-t-on des lieux et des personnages que l’on n’a pas connus?

Je me souviens de l’époque où je devais soit voyager pour des repérages, soit chercher en bibliothèque iconographies et sources. Aujourd’hui, Internet nous permet de trouver ces choses sans avoir à se déplacer. Par contre le facteur humain est toujours là. Les livres, textes ou photos d’époque ne transpirent pas intégralement l’ambiance à recréer. Je suis actuellement en pleine préparation d’un ouvrage. Le héros du livre n’est plus de ce monde, aussi j’ai dû m’entretenir avec des proches de sa famille, afin de comprendre la psychologie du personnage, ses peurs, ses aspirations, bref m’imprégner de ces choses  dont j’ai besoin pour m’identifier au personnage.

Comment s’opère le choix de dessins à intégrer dans un album de 60 pages?

Il y a tout d’abord le travail de recherches et de débroussaillage, ensuite l’écriture du plan et son scénario. Seulement après, vient le découpage de ces pages en faisant en sorte que le choix – malheureusement limité – des images à dessiner soit les plus fortes, qu’elles soient celles qui me parleront et qui parleront par la suite au lecteur. Au travail technique, qu’est celui du story-board, s’ajoute un travail émotionnel qui consiste à choisir les dessins ainsi que les textes qui verront le jour.

« Le code Eichmann », inédit en français, sorti sous le titre « Hamatsod » (« The chase after Eichmann », Editions Beitel, 2013)

Quelle est la phase la plus difficile, celle de la préparation de l’œuvre, sa création ou sa séparation?

Je crois que les trois ont chacune leur difficulté. Lorsque l’on s’attèle à un roman (même graphique !) où la part historique à sa place, on ne peut pas se tromper. Ni anachronisme, ni affirmation non vérifiée par des sources. Tout cela demande un énorme travail de recherches et de documentation.

La création demande beaucoup de concentration. Choisir les meilleurs angles, la meilleure perspective, l’expression du visage adéquat, rendre chaque page unique et intéressante.

Lorsque l’on atteint la ligne d’arrivée, les sentiments se mélangent, celui du triomphe d’avoir pu relever le défi, celui de vide comme après un moment de grande émotion, le doute- ai-je donné véritablement le meilleur de moi-même ? Est-ce que la fiction créée est-elle proche de la vérité historique ?- autant de questions  qui ne nous laissent jamais véritablement en paix. Ajoutez à cela la réponse de l’éditeur si oui ou non il publiera le livre. Et les critiques des journalistes ou des lecteurs qui sont là face à toi comme la sentence d’un juge.

De la quinzaine de livres que j’ai écrits et illustrés, celui qui m’a posé ce genre de difficulté a été celui sur la traque d’Eichmann – « The chase after Eichmann » (Editions Beitel, 2013) – avec des émotions qui m’ont pris à chacune de ces étapes, mais il m’était indispensable de passer par là.

« The wonders of the Baal Shem Tov », planche 21 (Editions Feldheim, 2014)

Quels sont vos projets à venir? 

Un de mes éditeurs, Beitel, a créé une collection en fonction des livres que j’ai publiés chez lui – »mission Entebbe«  et « le code Eichmann », encore inédits en français – avec le désir d’enrichir sa collection. Cela correspond à ce que j’aime faire, voyager à travers l’histoire et le peuple juif par la BD. J’ai donc en préparation quelques titres ayant pour trame l’histoire d’Israël. En parallèle, je travaille sur des projets ayant trait au judaïsme, tout en gardant une place pour la BD humoristique et caricaturale. Des titres ? Parler un peu plus de ces projets ? Je préfère laisser la place au suspense.

Propos recueillis par Nelly Ben Israël