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23 mars 2017 | כה אדר התשעז
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Francis Huster : « Etre en Israël c’est être là où bat le cœur du monde »

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Dans « L’Enigme Stefan Zweig », Francis Huster autopsie la vie de Stefan Zweig. De Vienne à New York, en passant par Paris, Rio, Berlin et Londres, Huster revisite le destin du romancier, journaliste et biographe qui a choisi de se donner la mort le 22 février 1942. Le texte, préfacé par Eric-Emmanuel Schmitt, prend vie sur scène grâce à son auteur. A la mise en scène :  Steve Suissa qui a dirigé Huster dans la pièce « Le journal d’Anne Frank », entre autres. A quelques jours d’une représentation unique en Israël, les deux hommes se sont confiés à IsraPresse. Interview croisée.

IsraPresse : L’an dernier, à l’issue de votre visite au mémorial de Yad Vashem, vous vous étiez déclaré optimiste. Un an après, il y a eu la tuerie perpétrée dans les locaux de Charlie Hebdo, l’attentat à Hyper Casher et la nuit du 13 novembre. Etes-vous toujours optimiste ?

Francis Huster : La situation actuelle me pousse à être encore plus rigide sur mes positions.  Nous vivons dans une période qui est quasi-identique à celle des années trente.  Comme Roosevelt avant lui, le président Obama refuse de voir la réalité en face. Comme dans les années trente, les Etats-unis restent les bras croisés. Tout comme Roosevelt est resté les bras croisés face à la montée du nazisme. Qu’ont fait les Etats-unis quand leurs alliés, la France et la Grande-Bretagne ont été attaqués par l’Allemagne nazie ? Rien. Je rappelle à toutes fins utiles qu’à l’été 1939, Roosevelt a refusé au Saint Louis, paquebot allemand avec à son bord 963 Juifs allemands fuyant la mort, d’accoster aux Etats-Unis obligeant le navire a rebrousser chemin. Aujourd’hui, quand Obama accuse Israël de porter la responsabilité de l’embrasement au Proche-Orient, il ment.  Obama a porté tous les espoirs du monde. Il aurait pu être le nouveau Kennedy. Il n’en fut rien. J’espère que le prochain président des Etats-Unis sera celui qui nous sortira de cette crise.

IsraPresse : Votre thèse est que Zweig ne s’est pas suicidé par dépit…

Francis Huster : Mon point de vue c’est qu’exilé au Brésil, il se rend compte qu’il a 60 ans [et que] son œuvre est derrière lui. Il se rend compte qu’il a trahi son peuple. Il se juge et se condamne à la mort. Rendez-vous compte qu’en 1939, il est interviewé par un journaliste de Paris-Presse. Il insiste auprès de ce dernier pour qu’il n’écrive pas un mot désobligeant sur l’Autriche.

Steve Suissa : Le point de vue du livre explique que Zweig a oublié son judaïsme. Quand on est comme Zweig un point lourd de l’intelligentsia de l’époque, on est obligé de se positionner. Il est très important d’être en accord avec son être, et de ne jamais oublier d’où l’on vient. Si Zweig s’est suicidé, ce n’est pas pour échapper à la situation tragique dans laquelle était plongé le monde mais pour échapper à sa propre culpabilité.

Francis Huster : En 2015, je me dois de dire sur scène ce que Zweig n’a pas voulu dire à l’époque.  Il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Zweig a été suivi par des milliers de juif qui ont fait profil bas. Dans le même temps d’autres comme Klausner, Roth, Toscanini tout en étant proches de lui, ont reproché à Zweig d’avoir travaillé avec le chef d’orchestre ouvertement nazi Richard Strauss. A l’époque Stefan Zweig faisait partie des cinq juifs les plus célèbres au monde.

IsraPresse : C’est votre 7e collaboration sur scène. Vous en annoncez une autre avec « Amok » en 2016. Peut-on parler de tandem entre vous deux ?

Steve Suissa : Oui effectivement. On peut parler de tandem professionnel fort. Il y a entre nous une confiance totale. On travaille avec la certitude de ne jamais faire deux fois la même chose même si le fil rouge c’est de prendre des personnalités fortes et de les humaniser.  Francis est un bourreau de travail. Il est fort et fragile. Il a cette capacité de passer du drame à l’émotion des comédies tragiques. Nous partageons la passion pour la nature humaine. Francis a su remettre en question 50 ans de théâtre et sa façon de jouer.

Francis Huster : Le tandem c’est la clé de toute grande carrière comme dans le sport. Que serait Delon sans les films de Melville ? Qu’aurait été la carrière de Montand sans Claude Sautet ? Une carrière ne se construit que comme ça. Le metteur en scène est dans l’ombre et l’acteur est dans la lumière. Steeve est l’un des trois grands metteurs en scène de sa génération. Il n’est pas toujours conscient de tout son talent.

IsraPresse : Présenter et jouer une pièce en Israël est-ce particulier?

Francis Huster : Pour moi c’est se mettre à nu. C’est renouer avec Jean-Louis Barrault, Jean Vilar. Etre en Israël c’est être là où bat le cœur du monde.

Steve Suissa : J’y viens régulièrement. Il y a un an et demi, nous y avons présenté un film autour de la pièce « Anne Frank ». Ensuite il y a eu un débat. L’émotion était perceptible. C’est toujours fort et puissant. Nous avons d’ailleurs le projet de créer un festival de théâtre à Tel Aviv. Si tout se passe comme prévu, la première édition débutera en juin 2016.

Propos recueillis par Virginie Guedj-Bellaïche

« L’énigme Zweig » le 21.12.2015 au Campus francophone de Netanya.